outrement voir

ATTANASIO

La peinture a pour vocation de nous faire rêver et de nous donner un autre angle de vue sur l’existence, de nous ouvrir des perspectives en nous faisant réfléchir et élargir nos points de vue sur la vie.

Démarche artistique

Ma motivation primaire est liée au besoin de ressentir des émotions. C’est pour atteindre un tel secret que je cherche toute une antériorité spirituelle qui le justifiera. Quand je peins, c’est d’abord pour entrer en vibration avec mon âme. Ma peinture est un vecteur avec l’intime, un déclencheur de sensations souvent ignorées.

Dévoiler mon travail, lors d’exposition, c’est faire découvrir à chacun des émotions souvent enfouies sous une chape de préjugés. Finalement, c’est proposer à chaque être d’accéder à son âme. Lui faire prendre conscience de sa véritable personnalité.

Je suis modestement un de ces passeurs de lumière.
Cette même lumière génératrice d’une sensibilité qui vit en chacun de nous que l’on écoute trop peu et que l’on ignore très souvent. Ma peinture est une invitation à laisser au bord de la route le monde intelligible pour se laisser porter vers un monde sensible.

Elle est émotion et non réflexion.

18-05-26 (huile sur toile - 80x54)

Biographie

De mes années en Algérie, ce sont d’abord les étendues désertiques du Sahara qui m’ont le plus marqué car jusqu’à l’âge de huit ans, je passais mes vacances scolaires dans le sud algérien.
Bien sûr, les évènements d’Algérie et l’exode de tout un peuple, dont je ne comprenais pas les pleurs, sont certainement pour beaucoup dans la construction de ma sensibilité.

En 1995, je fais la connaissance d’un professeur des arts plastiques qui  m’enseigne différentes techniques, mais surtout me fait découvrir le monde de l’art.
Après deux ans d’apprentissage,  j’acquiers une certaine technicité sans plus, et continue à barbouiller de la couleur sur de grandes surfaces de toiles.

Au moment où j’allais arrêter là mon expérience picturale, croyant avoir fait le tour de ce que pouvait m’apporter la peinture, une sorte de révélation comme une nouvelle naissance allait se produire.
Seul dans l’atelier, devant une grande toile (150×120), quelque chose que j’ignore posséder, allait se révéler.
À chaque coup de pinceau, à chaque changement de couleur, je ressentais une sorte d’euphorie. La toile s’assemblait de manière intuitive presque malgré moi.

Quelque chose était en train de se passer.

Je sais que cela semble difficile à croire et pour moi à ce moment-là aussi. Il me fallut me rassurer, trouver les réponses à toutes les questions qui envahissaient mon esprit. Commença alors une période de deux années d’introspection, d’auto-analyse. Je fréquentais tous les samedis la médiathèque de Sète afin de découvrir l’histoire de l’art. Je visitais de nombreux musées. Je rencontrai d’autres artistes, certains de renom tel que Pierre Soulages afin de savoir s’ils avaient vécu les mêmes expériences, celui-ci me dira, ces mots, « tu as senti ce qu’était la création et maintenant commence ta recherche, moi j’ai 80 ans et je cherche encore ».

À la suite de ce parcours initiatique est né une démarche artistique. Et pour la concrétiser picturalement il me fallut entreprendre une autre recherche, technique celle-là.

La source de ma création est fondée sur l’émotion humaine, j’attends que la toile m’émeuve. Mon écriture s’orientant vers une peinture qui fait justement appel à cette sensibilité, par ce voyage intérieur que déclenchent mes toiles. Je suis à la recherche perpétuelle de cette émotion et je n’ai de cesse tant qu’elle ne m’est apparue.

Lors d’une réflexion sur l’avancement de mes recherches, je me suis surpris à avoir des pensées proches de celles que pouvaient avoir les hommes préhistoriques peignant dans les grottes. Eux avec les outils et les pigments à leur disposition, moi avec la peinture moderne.

La sensibilité humaine nous reliait.

La participation à deux expositions dans les centres culturels européens Sete Sóis Sete Luas (Pontedera en Italie et de Ponte de Sor au Portugal),  m’ont permis de relever un défi qui touchait à la fois au caractère organisationnel de la mise en exposition de mes œuvres, ainsi qu’au caractère relationnel, ayant l’occasion de diriger des ateliers de créativité dans les lieux qui accueillaient mon travail.

Ces ateliers m’ont permis de faire prendre conscience aux étudiants que ce n’était pas telle ou telle technique picturale qui était essentielle mais plutôt l’état de création dans lequel on se trouve, dès le premier coup de pinceau posé sur le papier ou la toile blanche.

Cet état qui nous relie directement à notre âme, à notre résonance intérieure. En m’aidant d’un travail d’encre de Chine et de brou de noix, je pus en faire la démonstration.
Ne disposant pas d’un vocabulaire assez riche et étant sensible aux vibrations de la couleur, des formes et des signes, mon choix c’est naturellement orienté vers la peinture. Celle-ci m’a permis de découvrir ce qui était en gestation au plus profond de moi et de l’extérioriser.

Il en va de même pour toute personne. L’essentiel est de trouver l’outil qui permet de s’exprimer et cela dans n’importe quel domaine (écriture, musique, cuisine ….) Tout est art, quand il est pratiqué avec passion.

L’important est ce en quoi l’on croit, ce sont les convictions que l’on défend, malgré les modes passagères.
Accepter le chemin sur lequel notre sensibilité nous entraîne. Peindre afin de se découvrir et s’assumer avec ses différences sans se soucier des modes. Exister.

19-01-23 (huile sur toile 120x60)

L’introspection et l’action

Les formes abstraites isolées sont destinées à la construction de l’ensemble de la composition. Elles doivent s’intégrer à la toile dans sa résonance tout entière. Jusqu’à quel point la résonance intérieure de la forme donnée est-elle mise en évidence ou voilée car en arts ce que l’on voile à une énorme puissance. La combinaison de ce qui est voilé et de ce qui est mise en évidence sera une possibilité nouvelle des compositions des formes.
L’artiste est la main qui, par son usage convenable de la touche (mouvement du pinceau produisant une forme), met l’âme humaine en vibration – Kandinsky.

Il est donc claire que l’harmonie des formes et des couleurs doit reposer uniquement sur le principe de l’entrée en contact avec l’âme humaine (de l’artiste lors de l’exécution de l’œuvre, et du spectateur lors des expositions).
Ce principe est défini par Kadinsky comme « Principe de la Nécessité Intérieure ».

Il en est de même pour la création de la couleur qui doit aussi entrer en vibration ressentie par l’artiste.

L’introspection est une forme de méditation. Cet état méditatif, qu’il cherche à atteindre afin de laisser libre cours à la création, ce qu’il nomme « le lâcher prise ». Plus rien n’existe entre l’esprit et l’œuvre, tous les deux sont reliés par le bras et la main. Puis vient le premier contact du pinceau avec la toile. À partir de ce moment, commence l’aventure qui unit action-réaction.

Un dialogue entre la toile et lui.

18-03-27 (huile sur toile - 80x65)

La fable de nos lieux
ou l’imaginaire paradoxal

par Jean-Paul Gavard-Perret

maître de conférence en communication à l´Université de Savoie.

De son Algérie natale comme de son sud de la France d’adoption Raymond Attanasio a appris la lumière. C’est pourquoi les glacis clairs de ses « abstractions spirituelles » en ruissellent. Ses « taches » de clartés deviennent le lieu où tout finit ou tout commence. Il n’y aura pas plus de réponses à l’interrogation que pose celui qui à l’analyse préfère la projection de l’émotion, donc de l’innommable. Son travail représente un recommencement du langage pictural loin de toute volonté de copie du réel. L’art
« parle » soudain dans l’écart pour voir mieux, pour voir
« dedans » les remugles d’un inconscient plus habité d’élévation, de solarité que de miasmes morbides. Telle est au moins ici sa pétition de principe.

De machine infernale, la peinture devient une machine désirante empreinte d’une métaphysique quasi-inconsciente (ou viscérale). Travail d’émotion (comme on l’a dit) mais aussi d’ascèse, la peinture prouve (sans didactisme) que certains maux existentiels ne guérissent pas sous l’effet de la parole (placebo) mais de l’image. Celle-ci permet de trouver autre chose. Parce que la parole s’est épuisée elle-même dans sa recherche du Sens, parce qu’elle est devenue non-lettre morte, mais antichambre de la mort (une parole déjà comme morte par anticipation) l’image – du moins celle d’Attanasio lui fait face, vient à son secours pour prendre le relais. Car si on ne peut plus croire au mystère des mots, on peut croire à la magie de l’image. À condition, bien sûr, d’épuiser ses ressources acquises afin de la faire suinter autrement au sein d’une « logique » flottante mais concertée.

Sur le support, la peinture danse, elle redevient vivante. En fin de compte surgit une ultime forme de littéralité absorptive faite de dispersions, dissolutions et de quasi-effacements. Reste une perte, mais une perte agissante, vagissante en un grand mouvement de retour. L’œuvre travaille, de ses coulées surgit non l’attrait du néant, mais un passage à travers lui vers un au-delà – ici même. Dans une peinture quasiment « spirituelle » on se retrouve au-delà des affects de l’âme. On en revient au corps, à son inachèvement par-delà même les distinctions sexuelles. Ne reste plus du monde de simples images-reflets, mais des images en abîme de sens capables de générer non un négatif mais bien un positif irrécusable afin de faire remonter le corps loin de sa seule « viande » (pour reprendre le mort d’Artaud).

L’œuvre d’Attanasio ouvre à la contamination du sens par son contraire : celle de la négation par l’affirmation dans un travail qui loin de toute inflation ouvre la part la plus risquée qui soit puisqu’elle soustrait quelque chose à l’ordre du langage, puisqu’elle se soustrait elle-même à l’ordre du langage. D’où ce versant étrange de l’imaginaire où se joue, pour reprendre une définition de Blanchot, « L’éloignement au cœur de la chose » ce qui est proche est lointain, tout ce qui est lointain est proche. D’où cette sensation d’approche (impossible), de parages (sans passages) par une peinture qui montre encore, mais pas n’importe quoi : une sorte de glacis en moirures et ouvertures sans limite, dans le savoir, dans la langue.

C’est là la force de l’œuvre qui atteint par le dénuement un lieu où se touche une vérité humaine et inhumaine à la fois, plus proche de soi par la force de l’émotion du peintre que génèrent son imaginaire et sa technique.

D’où la communauté aussi étrange que paradoxale inspirée par un univers dont on sent physiquement que l’être ne pourra s’extirper. Il devra répondre à cet appel même si ce dernier n’a pas de réponse explicite dans la peinture. Attanasio demeure en effet un maître de l’implicite au sein d’un univers aussi en mouvement que calme. Dans chacune de ses œuvres, ce que les mouvements écartent est paradoxalement rassemblé pour voir mieux. Quelque chose s’accomplit, par défaut, par excès. Surgis, la nécessaire extériorité (ouverture) des profondeurs. Quittant l’obscur émergent, sur le support, un dehors du monde et un écho à l’intimité de l’être. C’est sans doute là un des principes formateurs d’une œuvre qui ne cherche pas pour autant à revenir à une béatitude première. Elle ne cherche pas non plus d’identification en tant que simple miroir. Il s’agit d’une création paradoxale dont le langage plastique garde le pouvoir de modifier l’approche et la vision du monde, d’en changer le « sens » en changeant les formes et les modes de représentation.

Elle relève du plus concret exercice d’un métier, au sens où Boileau l’entendait. L’image ne figure plus. Et pourtant tout parle dans un imaginaire paradoxal. Ce qui pourrait n’être que taches se transforment en remontées plus qu’en coulées pour une visibilité de l’invisible. D’aucuns peuvent trouver là les prolégomènes à une mystique. Toutefois, si l’image et les choses sont enlevées à elles-mêmes, soustraites à leur référence et leur identité dans un travail qui exprime sans exprimer, imagine sans imaginer surgit une homogénéité particulière qui lie le physique au spirituel. L’image pousse vers la lumière en la soulignant de moirures colorées.

Contre le vide de l’être chaque œuvre devient un petit bout de temps arraché au néant et au vide. La « tache » n’est plus un « accident » mais ce qui prélude à un accomplissement (toujours à reprendre) afin de saisir un insaisissable, d’assigner une présence paradoxale sans anticiper sur un futur ou le sceller à un passé.

L’œuvre ne joue plus sur un supposé retour. Elle travaille dans le suspens. Il s’agit de ne pas tenir à l’écart le présent, mais de le serrer au plus près.
Excédentaire, l’œuvre d’Attanasio touche donc à une essentialité, à une incorporation particulière par ce lointain appelé au plus profond donc au plus proche de l’être. L’irrévocabilité de ce travail tient sans doute au glissement, qui, par vertige, fait en un instant et dans le présent basculer la vision vers l’ignorer.

La chute fait alors partie d’un accomplissement.
Ce n’est pas une chute mortelle (ou du mortel) mais son contraire : l’œuvre plastique dégage des pièges du leurre de la représentation. Elle demeure cet « adversaire » à ne pas confondre avec l’adversité. C’est en ce sens le « gai savoir » réclamé par Nietzsche.

Elle devient une plage autant qu’une arête. L’être sort de la fixation entre l’entre-dit et l’interdit pour cette autre voir : une façon de voir autrement, d’outrement voir.

Et si l’âme se peignait…

par Sylvie Amigo-Soulet – Galerie 21 – Toulouse

Raymond Attanasio, à la Galerie 21 de Balma,
nous emporte vers un monde intrinséque.
On conçoit souvent les impressionnistes comme les grands représentants d’un optimisme celui où l’homme se satisfait du monde qui l’entoure.
Comme des peintres exprimant la joie et leur bonheur interne.

Mais le véritable sujet de ces artistes était pour la plupart la lumière : intérieure ou extérieure peu importe elle était avant tout le plus immatériel des phénomènes atmosphériques.
Les formes se dissolvent dans la clarté, elles ne sont plus que des ombres éveillées par la lumière d’une vie transitoire et fugitive.
Quand Raymond Attanasio traduit ses perceptions subjectives, des impressions dématérialisées, il nous permet de sortir de cet esclavage substantiel.
Il nous autorise à passer vers une lecture personnelle, confidentielle à la limite de l’exclusivité.
Face à sa peinture nous accostons les rivages de notre propre réalité.
Peut-être que pour certain elle sera le passeport d’une révélation intestine, ce moment où plus rien ni persone ne peut vous changer de chemin, ce bref instant où l’intervalle du rythme temporel se fait sourd.

Alors, on pourrait peut-être dire que Raymond peint son âme…

Expositions

2018 Centre d’art rhodanien Saint Maur – Bagnols sur Cèze
Galerie 21 – Toulouse
Invité d’honneur 43e Festival du Vigan – Le Vigan
Hôtel des Barons de Lacoste – Pézénas
Espace Gibert – Lézignan/Corbières
Biennale art contemporain de Servian – Servian
2017 Espace culturel – Millau
Espace des arts – Le Boulou
Domaine de La Tour – Nébian
2016 Invité d’honneur 45e salon des amis des arts – Voiron
Petit Temple de Ganges – Ganges
Espace Molière – Agde
2015 Invité d’honneur Maison de l’Europe – Montpellier
Caveau de la Croix Saint-Julien – Cournonsec
Chai du Château Girard – Mèze
2014 Galerie Europ’art – Aigues-Mortes
Médiathèque de Florensac – Florensac
Centre culturel François-Villon – Frontignan
2012 Lille Art Fair – Lille
Galerie Plurielle – Sète
2011 Centrum Sete Sois Sete Luas – Pontedera (Italie)
Centrum Sete Sois Sete Luas – Ponte de Sor (Portugal)
2010 Foyer des campagnes – Poussan
2008 GMAC – Paris
2007 Caveau de la Croix Saint-Julien – Cournonsec
2006 Médiathèque La Gare – Pignan
Galerie des Sources – Lamalou-les-Bains
Chapelle Saint-Hyppolite – Loupian
Salon d’Automne – Paris
2004 Chapelle des Pénitents – Poussan
Invité d’honneur salon de Grabels
Galerie du vieux port – Marseille
2003 Invité d’honneur salon des Artistes de Thau – Frontignan
2002 Prieuré Saint-Michel-de-Grammont – Lodève
Musée de Frontignan
2001 Salon d’Automne – Paris
Château de La Peyrade – Frontignan
Lavoir Vasserot – Saint-Tropez
2000 Salon de Langres
1999 Prieuré Saint-Michel-de-Grammont – Lodève
Galerie Thuiller – Paris
1998 Lauréat salon du Musée de Frontignan.

19-02-18 (huile sur toile - 140x70)
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